Le gouvernement avait fait de la lutte contre le pouvoir d’achat son cheval de bataille, mais doit aujourd’hui faire face au mécontentement d’une large partie des Français. Peut-il renverser la situation, et comment ?
Laurence Boone, chef économiste chez Barclays France, expose clairement la situation dans le cadre d’un article publié sur la plateforme intellectuelle Telos: « les salariés, soit 50 % de la population, ne perçoivent peu ou pas d’amélioration de leur pouvoir d’achat. Il augmente de moins de 1 % par an depuis le milieu des années 1990. Les retraités (25 % de la population et dont le revenu se compose à 80 % de leurs retraites) ont vu leur pouvoir d’achat n’augmenter que de moins de 1 % par an« . Le malaise sur le pouvoir d’achat semble légitime, et pour cause: la part des contributions sociales et des impôts représente jusqu’à 30% du revenu disponible des ménages, et ce malgré les récentes réformes au premier rang desquelles la loi Travail, emploi et pouvoir d’achat censée créer un choc de confiance. Le revenu disponible correspond aux revenus d’activité et du patrimoine, des transferts en provenance d’autres ménages et des prestations sociales, nets des impôts directs.
La conjoncture économique mondiale ne facilite pas les choses: le prix des matières premières agricoles flambe, amenant des hausses injustifiées de la part de certains industriels, tandis que le baril de Brent a franchi le seuil des 100 dollars. Selon un sondage publié en janvier par LSA, 60% des Français pensent que l’arrivée de la nouvelle équipe gouvernementale (en mai 2007) n’a eu aucun impact sur le pouvoir d’achat, et 26% un impact négatif. Ils ne sont que 6% à juger positif l’impact de l’action du gouvernement. 71% des consommateurs interrogés estiment que leur pouvoir d’achat a baissé en 2007, contre 59% en 2006. L’indice des prix à la consommation est passé de 114,70 en décembre 2006 à 117,70 en décembre 2007: l’inflation s’affiche comme une réalité pour les ménages.
Une marge de manoeuvre limitée
Les caisses sont vides, si l’on en croît le tandem Sarkozy-Fillon. C’est pourtant par là que le gouvernement va peut-être devoir en passer, notamment si les élections municipales se rêvèlent être un référendum contre la politique menée actuellement par le gouvernement. Le Royaume-Uni a augmenté son salaire minimum de 3,1% en octobre dernier, tandis que la France ne s’est contentée que d’un coup de pouce que de 1% pour le SMIC.
Concernant les télécommunications, un poste dont la place ne cesse de croître au sein du budget des ménages, l’attribution rapide d’une quatrième licence de téléphonie mobile (dont l’objet est la détention des infrastructures, à l’instar d’Orange, SFR et Bouygues Télécom) pourrait permettre d’instaurer une véritable concurrence en lieu et place de l’actuel oligopole. Le dossier est sur la table de l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Les opérateurs virtuels (MVNO) n’ont pas réussi à faire chambouler la donne compte tenu de leur lien de subordination avec les trois acteurs historiques. Une enquête de la DGCCRF est par ailleurs en cours sur les hausses de prix a priori injustifiées qu’ont pratiqué certains industriels sous couvert de hausses des matières premières. Un renforcement des services de la concurrence pourrait ainsi renforcer la pression sur les entreprises.
Pour sa part, la Banque Centrale Européenne (BCE) veille au grain quant à une spirale inflationniste. Cet argument est son arme principale pour refuser de baisser son principal taux directeur depuis plusieurs mois. « Tout schéma d’indexation des salaires sur les prix doit être éliminé« , a ainsi récemment rappelé son gouverneur Jean-Claude Trichet, s’appuyant sur une inflation de 3,1% en décembre dans la zone euro, et ce sur un an. Lorsqu’il était ministre de l’Economie, Nicolas Sarkozy avait conclu une série d’accords avec des industriels (en 2004) afin de contenir la hausse des prix sur les grandes marques, sous peine de les citer publiquement. Or, ces négociations s’étaient effectuées sous la houlette d’un ministre alors en pré-campagne électorale, déjà soucieux de son image et surtout plus libre qu’aujourd’hui de par sa fonction.
Faute de pouvoir réellement agir sur les prix ou les salaires, le gouvernement doit multiplier les efforts pour prouver qu’il s’attèle au problème. Luc Chatel et Christine Lagarde s’y sont déjà employés. Faute de quoi le pouvoir d’achat pourrait devenir un pouvoir de s’exprimer massivement dans les urnes. Il reste moins d’une semaine à l’exécutif pour tenter de calmer les ardeurs, et aux candidats de la majorité de rassurer leurs électeurs potentiels.
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3 mars 2008
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