Après l’affaire Kerviel, l’affaire Picano-Nacci

La mise en examen d’un trader dans l’affaire de la perte de 750 millions d’euros au sein des Caisses d’Epargne constitue l’énième épisode d’un dossier qui n’est pas sans rappeler l’affaire Kerviel. Un parallèle plus ou moins évident relevé par Nassim Boukaraoun, étudiant en Gestion à l’Université Panthéon-Sorbonne.

On se souvient de la retentissante affaire Kerviel et des 4,9 milliards d’euros qu’il aurait fait perdre à la société générale. L’opprobre a alors été jeté sur ce « rogue trader » (trader voyou). Il a alors été accusé d’avoir accumulé certaines positions plus ou moins à risques et pire d’en avoir dissimulées les pertes. Les banques de France et de Navarre ont jurées alors qu’on ne les y prendrait plus. Que les procédures de contrôles allaient être fortement renforcées de façon à éviter que ce genre d’incident ne se reproduise.

Même s’il n’est pas question ici de savoir « c’est la faute à qui ?« , il est intéressant de voir combien l’histoire se répète. Le Groupe Caisse d’Epargne attribue à un de ses traders, Boris Picano-Nacci, la responsabilité d’une perte de 751 millions d’euros entre la mi-septembre et la mi-octobre 2008. Boris Picano-Nacci « brillant, intelligent mais très discret » selon les dires de son avocate Me Cécile Bernaille, est diplômé du master finance de marché de l’université Panthéon-Sorbonne et d’un doctorat de mathématiques de l’université Paris-Dauphine. A 26 ans il entre à la Caisse d’épargne en qualité d’assistant trader et est rapidement promu trader. Il est alors en charge de la « gestion pour compte propre » de la caisse d’épargne, il est donc en charge de spéculer avec les fonds de la banque.

Le mécanisme est simple. Mi-septembre, en pleine débâcle financière, Boris Picano-Nacci table sur un rebond des marchés et prend des positions sur des produits qui au final ne rebondiront pas. Ces produits étant « sophistiqués » (produits financiers avec montant de gains amplifiés, pour risques très élevés), les pertes s’envolent et s’élèvent à un montant de 751 millions d’euros. La banque reproche au trader d’avoir outrepassé la limite de risque qui lui était imposée, d’avoir fourni à sa hiérarchie à deux reprises des informations mensongères et vagues et surtout d’avoir augmenter la taille de ses positions même au vu des pertes colossales enregistrées après l’acquisition de ces produits sophistiqués.

D’autre part, l’inspection générale de la Caisse d’épargne note « une défaillance des systèmes de contrôles [...] dérive dans la gestion du fait d’un nombre conséquent d’alertes ignorées de la part des responsables« . L’avocate du trader plaide la faute professionnelle: « il n’a fait que son travail, il n’a pas commis d’infraction« . Il encourrait jusqu’à trois années d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.

Ce nouvel incident est un électrochoc pour tous. Alors que l’on pensait avoir retenu « la leçon » avec l’affaire Kerviel (le rapport de Christine Lagarde pointant les faiblesses des différents systèmes de contrôle bancaire…), l’affaire Picano-Nacci revient sur la table. De nouveau pointé  du doigt: le manque d’encadrement de la hiérarchie sur les traders, l’indépendance trop grande et quasi sans limite des traders et  le manque de cohérence financière de la part des banques en période de crise.


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